Les kilomètres inutiles ne sont pas d’abord un problème de terrain : ils sont le symptôme d’une organisation mal construite en amont.

Quand les kilomètres augmentent, beaucoup d’entreprises réagissent toujours de la même façon.
Elles regardent les tournées. Elles revoient le planning. Elles demandent aux techniciens d’optimiser davantage leurs déplacements.
Le raisonnement paraît logique. Mais dans beaucoup de structures terrain, il commence au mauvais endroit.
Car les kilomètres inutiles ne sont pas d’abord un problème de terrain. Ils sont le résultat d’une organisation mal construite en amont.
Le technicien ne crée pas seul la désorganisation. Il exécute une journée qui a déjà été dessinée pour lui.
Et si cette journée a été mal structurée au départ, les kilomètres supplémentaires deviennent presque inévitables.
C’est un point essentiel.
Un technicien ne décide pas librement de parcourir plus de distance. Il suit une séquence d’interventions, un ordre de rendez-vous, une logique de planning qui lui est imposée.
Si les créneaux sont posés sans vraie cohérence géographique, les conséquences sont mécaniques :
Autrement dit, ce que l’on observe sur la route est souvent la conséquence directe de décisions prises bien avant la route.
Le terrain subit une structure qu’il n’a pas choisie.
Le problème, c’est que beaucoup d’entreprises s’attaquent au kilomètre comme s’il s’agissait d’un défaut d’exécution.
Elles essaient donc de corriger en aval :
Cela peut limiter une partie des dégâts. Mais cela ne traite pas la source.
Tant que l’organisation des rendez-vous continue à produire des journées incohérentes, le surplus de kilomètres reviendra.
Le kilomètre inutile n’est pas une anomalie isolée. C’est le signal visible d’un système qui fabrique de l’inefficacité.
Pris isolément, 10 ou 12 kilomètres supplémentaires par jour peuvent sembler négligeables.
À l’échelle d’une équipe, ce n’est plus du tout marginal.
Prenons une équipe de 7 techniciens. Supposons seulement 12 kilomètres inutiles par jour et par technicien.
Le calcul annuel donne :
12 km × 7 techniciens × 220 jours = 18 480 km supplémentaires par an.
Avec une hypothèse de coût direct à 0,45 € / km, cela représente déjà :
8 316 € par an.
Et encore, ce chiffre ne prend pas en compte :
Le coût réel est donc plus élevé. Souvent beaucoup plus élevé.
C’est l’un des pièges classiques.
Beaucoup de dirigeants regardent un agenda rempli et pensent que l’organisation est correcte. Les techniciens ont des journées pleines, les créneaux s’enchaînent, l’activité semble tourner.
Mais la vraie question n’est pas : « Est-ce que les journées sont remplies ? »
La vraie question est : « Est-ce qu’elles sont cohérentes et denses ? »
Une tournée dense :
À l’inverse, une journée pleine mais dispersée donne une illusion de performance.
L’équipe travaille. Le chiffre tombe. Mais la rentabilité réelle se dégrade.
Au début, beaucoup de défauts d’organisation restent absorbés par la proximité, l’habitude ou la connaissance du terrain.
Avec 3 ou 4 techniciens, certaines incohérences passent encore.
Avec 8 techniciens, les zones commencent déjà à se superposer.
Avec 12 techniciens, les croisements deviennent récurrents.
Et sans vraie logique de structuration, l’augmentation des kilomètres n’est plus un accident. Elle devient une conséquence prévisible de la croissance.
C’est souvent à ce moment-là que les entreprises pensent avoir un problème de tournées, alors qu’elles ont en réalité un problème de construction des journées.
Plus on grandit sans cadre clair, plus le coût caché augmente.
Il faut aussi être lucide sur un point : on ne peut pas demander aux équipes terrain de compenser durablement une organisation faible.
Même les meilleurs techniciens ne peuvent pas :
Au mieux, ils limitent l’impact. Ils ne règlent pas le fond du problème.
Quand une entreprise s’habitue à vivre avec trop de kilomètres, elle finit souvent par normaliser une inefficacité qu’elle ne mesure même plus.
C’est précisément ce qu’il faut casser.
Pour savoir si vos kilomètres traduisent un défaut de structure plus qu’un problème terrain, il faut regarder les bons indicateurs.
Posez-vous ces questions :
Si vous ne pilotez pas ces éléments, vous laissez une part importante de votre rentabilité dépendre d’un système peu maîtrisé.
Les kilomètres inutiles ne viennent pas d’abord d’un manque d’effort terrain.
Ils viennent le plus souvent d’une organisation mal structurée :
Tant que ce problème est traité comme un simple sujet de tournée, on corrige à la marge.
Quand on comprend qu’il s’agit d’un sujet de structure, on peut enfin agir au bon endroit.
Réduire les kilomètres ne consiste donc pas seulement à mieux rouler. Cela consiste d’abord à mieux organiser ce qui sera roulé.
Dans le prochain épisode, nous verrons comment densifier les tournées de manière intelligente, sans recruter, en alignant mieux les rendez-vous, les zones géographiques et les contraintes économiques.
Équipe iValid
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